Apatheia

Privation d'affection

Le plaisir (de perdre une partie de son lectorat).

Quand bien même je ricane devant le dernier exemple en date de la médiocrité de Microsoft*, l’accablement qui a découlé de l’usage des machines qui m’ont été confiées a maintenant laissé place à un abattement profond. C’est littéralement un effet de descente, cette période horrible où tout ce qui était devenu invisible — hors de la conscience — se construit à nouveau sous la forme d’une cage où chaque porte s’ouvre sur une horde de charognards prêts à vous manger juste ce qu’il faut pour vous laisser agoniser durant au moins une éternité, probablement plus, parce que les choses ne peuvent jamais aller pour le mieux. L’enjeu est alors de trouver un marteau. Pas forcément n’importe lequel, parce que nécessité fait loi, mais de préférence un qui nous plaît, avec lequel passer du temps n’est pas une perspective si effrayante que cela. Ou alors, juste, se lever et marcher, parfois en vain, parfois en trouvant, parfois même en étant trouvé.

J’ai tout de suite deviné que cette femme d’une belle soixantaine d’années avait un problème psychologique. Elle répète inlassablement les choses, envoie des textos intégralement constitués de lettres capitales et semble globalement subir sa vie. Elle m’a demandé si je pouvais l’aider à remettre en place le parechoc de sa voiture et, sans même renifler son derrière, je l’ai suivie ; je crois que je n’avais pas mieux à faire. Elle n’habitait pas loin, puisque dans ma résidence qui donne sur trois rues différentes et me permet donc de facilement échapper à la police si besoin est. Du coup, je la considère donc comme une voisine. D’ailleurs, sa voiture est garée juste en dessous de ma chambre. Son appartement est charmant, même si certains détails me font penser à celui d’une prostituée en fin de carrière qui vivrait près de l’avenue Foch. Mais, globalement, c’est de bon goût et j’ai apprécié sincèrement son appartement. La réparation de sa voiture a été rapide et sans question : il m’a suffi de remplacer les attaches en plastique d’origine par des chevilles pour qu’elle retrouve son charme citadin. S’en est suivi un café et deux biscuits spéculoos sur sa terrasse, elle me parlant de sa carrière avortée, moi comprenant à son attitude le genre de femme qu’elle est : en manque d’une affection qu’elle confond avec l’étreinte d’un homme se vidant virilement en elle, aussi active qu’une étoile de mer neurasthénique ; celle que l’on quitte pour la douche la plus proche parce qu’aussi belle qu’elle soit — une grande blonde distinguée —, la prendre laisse forcément le goût amer du profit, ce goût répugnant du prédateur qui vous fait vous brosser les dents jusqu’au sang sans jamais vraiment arriver à faire partir la nausée. Préférant Lou Reed à Sartre, j’ai donc posé Street Hassle sur la platine en attendant que la baignoire se remplisse.

* La dernière mise à jour du 2 août a bloqué les caméras de plusieurs millions d’ordinateurs et le correctif de ce qui n’est pas un problème technique, mais bel et bien une erreur décisionnelle de l’éditeur, n’est pas prévu avant septembre ; il sera d’ailleurs intéressant de comparer le nombre de viols au mois d’août avec la fréquentation idoine des sites pornographiques par caméra, surtout si cela fait ricaner Michel Houellebecq et Denis Baupin.

A-t-on le droit d’être con en démocratie ?

Lorsque mon voisin m’a demandé hier ce que je faisais de ma semaine de vacances, il avait bien en tête l’idée que j’étais en train de travailler. En l’occurrence, je me suis retrouvé avec trois ordinateurs présentant le même problème de lenteur. Et, contrairement à tous les pseudo-écologistes qui pensent sauver la planète en enfumant leurs voisins avec leurs toilettes sèches, mais achètent un ordinateur neuf dès que le leur « manque de mémoire », j’ai tendance à inspecter la machine, questionner l’usage qui en est fait et, le plus souvent, à simplement remplacer le disque dur (Hard Disk Drive, H.D.D.) par un à mémoire solide (Solid-Memory Drive, S.-S.D.), une opération devenue peu coûteuse et qui rend l’ordinateur plus rapide qu’au premier jour.

J’écris « simplement », mais, naturellement, les trois machines en question utilisent le système d’exploitation le plus con du monde, Microsoft Windows (Linux étant, quant à lui, le plus connard), ce qui implique donc que l’opération n’était pas évidente. Encore que, depuis la démission opérationnelle de de Bill Gates, de grands progrès ont été faits, mais rien qui ne vaut la philosophie UNIX, c’est-à-dire le rasoir d’Ockham : « les multiples ne doivent pas être utilisés sans nécessité. »

Pour bien comprendre le problème que j’ai avec Microsoft en général et Windows en particulier, il convient de rappeler Une lettre ouverte aux bricoleurs, article publié en 1976 et qui voit Bill Gates lancer le coup d’envoi de la privatisation des logiciels informatiques, en se plaignant de voir son travail copié « illégalement » tout en « oubliant » de signaler que le développement s’était fait sur des ordinateurs financés par les fonds publics, ce qui implique donc que le logiciel produit appartient donc légalement aux dits fonds publics, c’est-à-dire à tous les citoyens américains. Une fois de plus, les intérêts privés ont donc confisqué ceux de l’État, pour un résultat éloquent : Microsoft Windows, y compris dans sa dernière mise à jour, est ce qu’il convient d’appeler une merde monumentale dont une grande partie du public reste l’esclave maltraité.

Pour ma part, j’ai décidé dans un premier temps de ne plus prendre en charge de machine utilisant Windows pour finalement me raviser et tout simplement doubler mes tarifs. Après tout, je connais tellement bien ce système épouvantable que mon expertise doit au moins compenser dans son intégralité le stress induit de devoir manipuler une telle somme de mauvais choix techniques.

Mais revenons donc aux trois ordinateurs que j’ai pris en charge.

Le premier a été le plus simple : utilisant déjà Windows 10, je n’ai eu qu’à réaliser un clone du disque dur original sur le nouveau en utilisant un outil Unix, puis à corriger manuellement les écarts pour ensuite laisser le système de Microsoft finir de corriger deux fois (il n’a pas réussi l’opération du premier coup…) le système de fichiers. À titre de comparaison, avec macOS, j’ai juste à copier les copier de l’ancien disque sur le nouveau et tout fonctionne.

Le deuxième ordinateur m’a déjà donné plus de fil à retordre : bloqué sur la version 8 de Windows, j’ai du dans un premier temps réinstaller Windows 7 (ce qui a nécessité, en autres bricolages, de désactiver la protection Secure Boot de Microsoft, qui n’est d’ailleurs pas sécurisée du fait d’une erreur de conception dans la plus pure tradition de l’éditeur) que j’ai ensuite activé illégalement en un clic pour ensuite télécharger un programme officiel qui a installé Windows 10 en lui attachant gratuitement une activation légale, alors que Windows est officiellement payant depuis le 29 juillet dernier. À titre de comparaison, macOS est gratuit et n’a pas besoin d’être piraté ou activé.

Le troisième ordinateur est quant à lui tout un poème. Il appartient à un copain, monteur de disques renommé, à qui j’ai déjà préparé les deux Apple MacBook Pro qu’il utilise lors de ses sessions. Ayant fait assembler une station de production musicale haut de gamme (il a à chaque fois acheté le composant le plus puissant de sa catégorie) à la tristement célèbre rue Montgallet, il m’a donc à nouveau sollicité pour que je résolve un problème récurrent de ralentissement du système. Et je dois avouer que l’ouverture du boîtier Jacky Touch* n’a pas manqué de me surprendre, puisque je pressentais que le système tournait sur un vieux disque dur et que l’installation d’un SSD allait résoudre le problème ; à ceci près qu’il avait déjà un SSD.

Un rapide démarrage de la machine m’a toutefois apporté le bon diagnostic : Windows est bel et bien une merde monumentale et ses utilisateurs sont à l’avenant, avec l’installation d’une pléthore de programmes inutiles et lourds qui contribuent à acculer le système à la limite de la paralysie. C’est littéralement la philosophie Shadok qui pousse l’absurdité à son paroxysme, d’autant plus effrayant qu’encore considéré comme normal par la majorité des utilisateurs. Inutile de préciser que ma démarche a encore été d’une simplicité déconcertante : formatage, installation du système en version 10 (même processus que la deuxième machine) et une sélection soigneuse des programmes installés, cette fois-ci avec des versions piratées par mes soins (donc « propres », dans tous les sens du terme) et, constamment, la même question : « As-tu vraiment besoin d’installer cela ? »

Je vous épargne la comparaison avec macOS, car même la plus insensible des cruautés doit savoir s’arrêter à un moment donné, pas plus que je ne me hasarderai à expliquer une fois de plus pourquoi le matériel Apple vaut son prix. Après tout, même en doublant mes tarifs, ma réputation — basée sur le seul bouche-à-oreille de mes résultats — est telle que mes clients continueront de payer et je serai bien un utilisateur de Windows que de scier la branche qui finance mes dépenses inconsidérées (dernière en date : un boîtier en édition limitée « Kodi » pour mon Raspberry Pi, vous savez, cet ordinateur à 35 euros qui, avec le logiciel gratuit approprié, fait aussi bien, sinon mieux, que du matériel audio haut de gamme à plusieurs milliers d’euros). Après tout, et contrairement à ce que les gens pensent, en démocratie, être con n’est pas un droit, mais bel et bien une faute, et je reste fan de Charles Bronson**.

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* Ze Jacky Touch est un site recensant les pires modifications de voiture, une sorte de prolongement de la formidable putassière émission Strip-tease, qui a d’ailleurs fait école (La Rue des allocs, c’est-à-dire Strip-tease réalisé par Microsoft). J’ai tendance à mettre tout cela en parallèle avec le creusement des inégalités économiques et l’affaissement des nivaux éducatifs dans le monde et particulièrement en France depuis 2012 ; c’est-à-dire que, lorsqu’il disait en substance que si les pauvres sont pauvres, c’est parce qu’ils sont trop cons pour être riches, Garrett Hardin avait simplement énoncé une vérité. Et le fait que les boîtiers PC Jacky Touch d’antan soient devenus soit la norme esthétique actuelle n’est qu’une preuve supplémentaire de cela.

** Je suis également fan de Clint Eastwood, mais pas de Donald Trump, qui me fait beaucoup rire, mais qui n’est pas plus crédible à la présidence qu’Hillary Clinton, Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé ou encore François Hollande et Manuel Valls (liste non exhaustive) ; c’est-à-dire que l’affaissement culturel et économique va forcément aller en s’amplifiant.

La non-existence n’existe (peut-être) pas.

Paris se targue d’être la cité de l’amour, mais je n’arrive qu’à ressentir sa haine lorsque je m’y trouve. À commencer par le sol, un sentiment de malveillance se dégage de cette ville : la chaussée se dégrade et ne semble jamais entretenue, de même que les immeubles, et chacun ne semble pouvoir exister qu’en opposition avec autrui, du moins quand ce chacun n’oublie pas qu’il n’est pas seul au monde. Mais ceux qui m’écœurent le plus et que je tiens, avec l’air étouffant de la pollution, comme le symbole de l’aculture bobo, sont tous ces parents qui utilisent la poussette occupée de leur enfant pour forcer le passage tout en s’émouvant du sort des boucliers humains en Syrie.

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Forcément, je n’ai jamais réussi — certes : parce que faute d’essayer — de m’entendre avec un tel inhumanisme, ce pourquoi mon divorce avec la déchue n’a pas été instantané : comme la majorité des entreprises de destruction (par exemple : l’islam, la S.F.I.O., Microsoft…), cela a été progressif (les virus susnommés perdurant respectivement depuis 610, 1905 et 1975) jusqu’au jour où j’ai quitté la capitale de la Phranse pour m’installer dans celle de la France. Et même si je dois me rendre très souvent à Paris, je ne regrette pas cet exil que je vis comme un rapatriement.

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Ou plutôt, c’est parce que je dois me rendre régulièrement dans ce cloaque que je considère avoir fait le bon choix, même si tout n’a pas été facile (Phyllis, son décès et son fantôme encore présent). Mais les amis sont là, au point d’avoir accepté de travailler avec V. dans la cave de son pas de porte, qui constitue par ailleurs ce que je considère être une autre plaie de l’humanité, même si ce cancer-là a le mérite de n’agresser que ses porteurs. Toutefois, cela semble lui rendre un grand service et cela m’aide à financer certains écarts de conduite de ma part, comme remplacer ma paillasse à même le sol, non pas par un véritable lit — restons courtois —, mais par un divan pouvant faire office de lit, avec des barreaux pour accueillir mes menottes.

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Ceci dit, même si je suis content de préserver une sociabilité hypocrite, travailler avec une amie n’est jamais bon et je m’en rends compte par le fait que j’explore les failles entraperçues de V. et que cela se situe à la limite de l’insupportable. Ce n’est pas sa faute ; mes capacités de discernement sont bien trop développées pour que je puisse mener une vie saine sans être ponctuellement écœuré de la société qui m’entoure, ce même si j’arrive quand même à placer quelques dialogues savoureux :

– Tu te rases le matin ou le soir ?
– Le matin ; ce sont mes partenaires sexuelles qui se rasent le soir.

Elle m’a même donné l’envie d’alimenter — très sporadiquement — une page Facebook avec des musiques soigneusement sélectionnées et des commentaires merveilleusement affligeants, mais au final, et à son grand dam, elle me conforte dans ma position isolationniste. De fait, je suis tombé en adoration devant BoJack Horseman et son sublime générique dont j’achèterai volontiers un album complet plutôt que de télécharger gratuitement l’intégrale des Black Keys ; ça et ma lecture de Ken Kesey compensent mon lieu de travail, où les pseudo-célébrités* défilent. Le pire étant sans doute A., que j’ai connue par le biais de Phyllis, qui travaille dans le quartier, une place tristement célèbre pour son ancien locataire féministe, et que j’ai croisée l’autre jour sans qu’elle ne me voie (elle était pliée en deux, m’offrant une jolie perspective que n’aurait pas reniée le phallocrate en question). Je n’ai pas osé lui demander où en était son épée de Damoclès, mais c’est uniquement parce que je soupçonne que ce n’était que beaucoup de cinéma pour pas grand-chose et qu’elle ne mérite donc pas le fond de ma pensée.

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K. est dans une pente ascendante, ce qui m’offre un peu de repos, même si je dois me retenir de lui dire que non, il n’a pas le niveau d’un musicien de Jazz ; ses amis bobos existent — cruellement — à cet effet. J’ai d’ailleurs nettoyé mon carnet d’adresses — je déteste qu’il soit trop rempli — et, de fait, je profite de ma semaine de vacances pour travailler des choses importantes, même si j’ai surtout envie de ne rien faire. Mais j’ai heureusement bien trop peur de reprendre conscience de moi pour cela, alors je me garde bien de m’arrêter. Il faut être fou pour vivre et je n’ai pas envie de le devenir. Pas tant que le corps tient le coup.

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* Du genre à faire la couverture de Télé 7 Jours et autres médias pour illettrés, ou encore à se vendre une rose entre les dents tout en habitant dans le 16e arrondissement de Paris ; cette dernière ayant quand même ouvert la porte des toilettes*** quand j’y étais.

** Déception : le Vilkus plug dactyloadapter ici présenté n’existe qu’à l’état de poisson d’avril.

*** Le loquet est cassé.

Pour cela, il faudrait que je sois méritant.

Bien sûr que je peux calculer la date exacte, mais je n’ai pas envie de le faire. Non pas parce que ce jour-là je me suis fait avoir, mais peut-être parce que c’était la première fois où la lassitude me gagnait. Ou juste tout ce que je n’ai jamais dit et ne dira probablement jamais. Après tout, certains disaient que seuls le passé et le futur existent, mais pas le présent, car ce dernier est insaisissable ; en fait, comme l’esprit. Mais n’est-ce justement pas parce qu’ils nous sont inaccessibles que nous devons tendre vers eux ? À défaut, je vis les tensions qui résultent d’une multitude de paires d’extrêmes. Toujours le chaos autour de moi ; jamais ce chaos en moi. Le concert était très bien, j’ai pris en photo le nom du groupe même si je ne suis pas sûr qu’il en soit vraiment un. J. était très belle, mais également très occupée. Je suis parti pour ne pas l’importuner avec ma présence, mais elle m’a envoyé un message me demandant où j’étais. V. a aimé certaines de mes photos sur Instagram, mais pas la plus importante — je le lui dirai peut-être demain, même si probablement pas — et malgré tout cela, je trouve quand même agréable d’avoir pu passer les cordons de sécurité avec une bombe d’antioxydant dans mon sac.

Je ne sais pas.

Lorsque je me suis réveillé, je n’ai pas eu le temps, comme les autres fois, de faire signe pour que quelqu’un vienne me voir, ni même d’être déçu d’avoir survécu ; je me suis senti dépouillé d’une sorte de moment privilégié, et en même temps répugnant. Immédiatement, j’ai été renvoyé dans la chambre, même si je ne me souviens pas du tout du trajet. Peut-être me suis-je rendormi, je ne sais pas et je n’ai pas pensé à le demander. Maintenant, je ne désire qu’une seule chose : que la poche de la transfusion soit vide et que quelqu’un me détache, afin que je puisse aller à ma soirée ; je suis attendu.

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Est-ce toujours le séduisant docteur B. ? En tout cas, je la trouve moins belle et donc d’autant plus désirable. Je crois que je n’accepte pas que la beauté ne chasse pas forcément la superficialité et c’est tout simplement stupide. Elle détache doucement le pansement, regarde ce qu’elle peut, et me dit que tout semble normal. Désemparée face à mon incompréhension devant tant d’efficacité — « semble » —, elle tente d’appeler le chirurgien, sans succès, et me dit qu’elle m’appellera plus tard si jamais il y a quelque chose. Elle ne l’a jamais fait et je peux pourtant vous jurer que je n’ai pas tenté de l’inviter à dîner. Entre-temps, j’ai reconnu l’infirmière qui m’avait interpellé alors que je déambulais à moitié nu dans les couloirs et donné une blouse neuve pour remplacer celle en lambeaux que je portais alors. Pour une fois que je tentais de m’enfuir sans en être réduit à ramper… Mais j’ai pu attraper le dernier métro, ce qui est toujours moins fatigant que le bus nocturne.

(En fait, je vous mens : je ne lui ai rien dit, car je ne voulais pas qu’il adapte l’anesthésie en conséquence.)

J’ai quand même droit à l’épilation des cils — à l’ancienne, bien sûr — avec en option le retrait des points de suture externes. « N’est-ce pas formidable ? » me suis-je dit en me rappelant du prix d’une séance avec une dominatrice professionnelle à peu près regardable sans éclater de rire. Mais tout cela n’est finalement que débat : était-ce pire, moindre ou équivalent à la couture à la mode de John Rambo ? Au final, je souris gratuitement devant les visages horrifiés et rien que pour cela, la vie vaut la peine d’être soufferte, même si pas trop longtemps.

Hi hi ! (S.)

Lorsque je sors de l’hôpital, j’ai toujours ce sentiment indéfinissable, quelque part entre le vide et le malaise, un mal-être que je soigne systématiquement par un achat de jeux vidéo, cette fois-ci trois cartouches pour la Famicom de Nintendo : Spartan X (1985), Xevious (1984) et Super Xevious (1986). Je ne sais pas pourquoi, peut-être est-ce juste ce monde des possibles si bien structuré, ce rêve sécurisé qui nous délivre du libre arbitre de cette réalité décidément à chier. Ou juste, j’aime bien ça ; c’est une dépense inconsidérée comme une autre.

Prenons nos plus belles plumes ! (C.)

Je n’ai aucune idée de l’heure qu’il peut être. J’essaye de ne pas penser à la créature posée dans le lit d’à côté, qui aurait plutôt eu sa place chez le vétérinaire. Parce que si jamais je me lève, ce sera pour l’étouffer avec mon oreiller et que je n’en ai pas d’autres pour me recoucher ensuite. Elle ronfle, parle dans son sommeil, se réveille et bouge tout le temps, n’arrête pas d’allumer la lumière, de tousser, cracher, sentir mauvais et de tout simplement être là. Je déteste l’amour parce que ce sentiment n’est jamais que le vol par autrui de ma solitude et que ma déréliction est mon bien le plus précieux. Je veux être seul.

(Un jour, F. se prendra ma main dans la figure. Pas sur, mais dans : je frapperai jusqu’à ce que je puisse extirper le cerveau de la boîte crânienne. Seulement parce que je n’aime pas le gâchis.)

Il y avait deux infirmières pour les perfusions. Au début, j’ai trouvé dommage de ne pas avoir la plus jolie, puis j’ai constaté le soubresaut du patient à ma droite lorsque l’aiguille est entrée ; de mon côté — bras gauche —, je n’ai pas vraiment senti la douleur. C’était la partie qui me faisait le plus peur, surtout au niveau du poignet, mais, finalement, c’est au niveau de la saignée que tout s’est joué, à mon grand soulagement. Comme le chirurgien m’avait promis une anesthésie générale suite à la précédente qui s’était évaporée lorsqu’il avait fallu recoudre, je me suis dit, quelque peu imprudemment, que le moment le plus dur était passé.

(Curieusement, je n’ai pas envie de mourir. Cela m’arrive de temps en temps, de m’oublier.)

L’anesthésiste était un homme plutôt proche de la retraite sans pour autant penser à en remplir prochainement les formulaires. Lui aussi aurait voulu que mes analyses soient les siennes. Naïvement, je lui ai donné mon secret : trois tasses à thé de café instantané par jour (matin, midi, soir), une soupe — j’ai un faible pour le velouté de potirons — avec deux tranches de pain complet et une compote de pomme, de préférence le soir, car cela me fait un moment dans la journée où je ne réponds à aucune sollicitation. Et de l’eau, bien sûr, dont j’aime bien stocker les bouteilles d’Evian. À côté de tout cela, une course à pied le long de la Seine trois fois par semaine et des longueurs à la piscine autant de fois les autres jours ; paresseux de nature, je me garde un emplacement hebdomadaire pour ne rien faire avec panache.

You put on the video helmet and you quickly realize that this is not just another videogame – your entire field of vision fills with another worldly scene – you’re in the game! – one day will come you enter the cyberspace and you never ever want to get out – cause reality is shit and cyberspace is gone. (Carl Crack)

J’ai entendu le téléphone. Je savais que c’était V., j’avais envie d’être avec eux, de réaliser l’enregistrement avec F., d’expliquer à la V-Crew comment cela fonctionne, quelles sont les techniques et les logiciels. Mais l’infirmier est juste venu avec un bout de papier sur lequel était inscrit le prénom de V. Juste cela. À nouveau, je me suis senti floué. J’en ai parlé plusieurs fois avec elle après, mais je n’ai jamais réussi à lui dire exactement ce que j’avais réellement ressenti à ce moment-là. Sans doute parce que je ne le sais pas vraiment ; je savais juste ce que je ne voulais pas ressentir et j’ai au moins réussi cela. Me direz-vous : je n’ai de toute façon pas le choix, car si tout passe et tout lasse, sauf la classe, il s’avère que je suis un écolier buissonnier.

(Comme le temps et le bonheur, l’amour n’existe pas.)

Enfin, une infirmière arrive pour changer la poche de la perfusion, mais je demande à ce qu’on me l’enlève. Elle s’inquiète pour la douleur, or cela fait au moins trois heures — je n’ai aucune montre ni notion du temps, mais je décrète que cela fait trois heures, je ne sais pas pourquoi — que le bazar est vide et j’en ai assez de savoir cette aiguille plantée en moi. En outre, je n’ai pas mal et j’ai envie de profiter de cette paix retrouvée sans aucun encombre. Je ne réaliserai que plus tard, en fait, que la douleur est réellement partie, en voyant les deux boîtes d’antidouleurs prescrites que je n’ai jamais ouvertes.

???? (F.)

Personne ne savait rien au téléphone, alors je suis dans le métro pour les urgences. Mon pansement blanc maculé de sang fait peur aux gens et, pour le plaisir, je laisse la vie couler sur ma peau. Ce n’est pas facile, car cela me donne envie de me gratter, mais je ne veux pas gâcher l’effet, alors je me retiens. À l’hôpital, les urgences sont pleines de monde et de tristesse ; d’inquiétude aussi. Une jeune femme semble sur le point de devenir aveugle et son compagnon la réconforte pendant que je les regarde discrètement, en me demandant combien de temps le jeune homme va tenir avant de la quitter.

Merci d’exister, tu m’apaises. (V.)

Le docteur B. (pas Benway, une autre bien plus séduisante) a posé mes pieds sur une chaise après que je lui ai dit deux fois — elle n’était pas sûre d’avoir compris — : « Je crois que je fais un malaise. » Elle baisse la tête sur moi pendant que je reste allongé sur le sol en me demandant si tout cela est bien hygiénique. Elle est magnifique et serait-elle un peu moins belle que je crois que je tomberai même amoureux pendant cinq bonnes minutes. J’étais préparé à poser toutes les bonnes questions sans me faire avoir comme les fois précédentes, mais ce qui rapproche une intervention réussie d’une belle histoire d’amour est que l’instant d’après est forcément raté ; sans doute un effet de la dépression post-chirurgicale, mais j’ai envie de regarder l’adaptation cinématographique de Crash nu sur le capot d’une voiture. Et d’acheter la version japonaise du tout premier jeu Famicom des Tortues Ninja.

En même temps, si la Croatie n’avait pas perdu, on n’en serait pas là, hein ! (J.)

Le plus incroyable dans tout cela est que la douleur est partie. L’infirmière est désemparée lorsque je lui dis que je n’ai pas mal et que je n’ai pas besoin de quoi que ce soit. Aujourd’hui encore, les deux boîtes de Paracétamol qui m’ont été prescrites sont intactes. J’ai juste envie de sortir et de danser jusqu’au bout de la vie, pas trop longtemps, donc.

(Someone who has helped bring happiness to many just couldn’t find enough for himself to consider living.)

J’aimerais vivre une nuit éternelle à l’hôpital, me réveillant juste un peu pour savourer mon retour dans le sommeil. Regarder les lumières de la ville par la fenêtre, écouter le moteur de la moto ronfler, être enveloppé d’une torpeur infinie ou plus rien n’a d’importance, pas même le manque d’opium.

Quoi l’angoisse ? Quelle angoisse ? (S.)

Je me contrôle au milieu du chaos ; ce dernier est autour de moi, mais pas en moi. Les gens s’écartent, me regardent, n’osent rien demander alors qu’ils sont tous curieux, au point de parler entre eux. Je lis de la frayeur dans leur regard, tout en me félicitant de porter un maillot de corps noir moins salissant que du blanc. Ce sont tous des pleutres malsains, des fourmis paniquées après qu’une image de mon passé a dynamité leur habitat. Devant tant de médiocrité, seul le repli sur soi est viable et même si je n’aime pas ces gens-là, je comprends dans ces moments-là les extrémistes : nazis, communistes, écologistes et autres fauchés.

Nous avons rendu les hôpitaux (trop) humains ; des décisions de vie ou de mort sont prises dans des espaces implacablement agréables, jonchés de bouquets fanés, de tasses de café vides et des journaux de la veille. (Rem Koolhaas, Junkspace)

Nous vivons dans un monde de décentralisation ; les gens externalisent donc leur cerveau dans le creux de leur main. Que ce soit une table ou un téléphone portable, il y a toujours quelque chose qui fait que, d’une manière ou d’une autre, deux corps mêlés ne sont plus un partage du plus haut degré d’intimité, mais une simple consommation conforme aux normes sociétales. Les gens pensent qu’un détail peut détruire une relation, mais ce n’est pas vrai. Le détail, c’est juste l’excuse qu’invoquent les Autres pour se débarrasser enfin de vous. J’exècre les relations humaines pour cela, car quitte à n’être que de l’arrivisme, elles ne s’efforcent même pas d’arriver au niveau de l’œuvre de Maupassant.

J’arrive pas à suivre ! (N.)

Les gens sont sales et le métropolitain est un concentré de contagion. À moto, le problème ne se pose pas, j’ai toujours aimé l’odeur de l’essence et je roule assez vite pour créer une belle zone de turbulence autour de moi (en toute mauvaise foi). Mais je reste persuadé qu’il est absurde de se désinfecter à la Bétadine chez soi pour ensuite prendre le taxi-brousse.

Ok (V.)

Les infirmières sont gentilles, même si elles sont mal payées pour le travail qu’elles font, et le chirurgien est également content, même si j’aimerais faire quelques tests qu’il ne juge pas utiles. Je veux juste qu’il me dise que tout va bien, que tout est normal, que tout cela sera bientôt derrière moi, mais il me dit juste de prendre rendez-vous dans un mois, ce qui tombe, avec l’inflation de rigueur, au seul jour de l’année où je veux juste dormir sans que personne ne me contacte et ne me lever que le temps d’une dépense d’autant plus conséquente qu’inconsidérée dans le plus parfait anonymat, que je mettrai bien une semaine à déballer. J’espère juste que V. ne réalisera pas de quel jour il s’agit.

Je ne sais pas et je n’ai pas osé demander.

Le chat d’Erwin.

Au moment où vous lisez cette note :

  • soit je suis en train de faire la fête chez V. tout en essayant d’enregistrer une idiotie quelconque avec F. ;
  • soit je suis parti faire le pitre ailleurs et vous n’aurez plus jamais de mes nouvelles.

En fait, c’est super simple, la physique quantique.

L’ensoleillement d’Asunaro.

Je n’avais jamais vécu cette situation : une fête se déroule sans que je sois là. Attention, j’aurais pu être invité, mais trop tard, trop loin, et la batterie de Hauteclaire est dans ma penderie — longue histoire, ne me lancez pas là-dessus — ; alors, juste la magie de l’hygiaphone longue-distance avec F., celui qui a dansé avec Grace Jones à ma place, et surtout V. et E., deux femmes de mon entourage dont tout homme de goût tombe forcément amoureux ; sauf moi, parce que je ne suis plus humain ; ce qui m’empêche également d’être soulagé de cet état de fait, mais on ne peut pas tout avoir.

(Cela dit, je ne me gêne pas pour faire semblant de l’être.)

(Soulagé.)

V. me remercie pour tout ce que je fais pour elle et son aînée. Je lui déclare l’une de mes deux réponses principales : c’est normal (l’autre étant ma préférée : non) et elle me rétorque que justement, ce n’est pas le cas. Et pourtant ! Comment peut-on trouver normal de ne pas aider une adolescente doublement perdue (ses études ne lui conviennent pas et elle est amoureuse), ainsi que sa génitrice, qui serait capable de vendre ses deux reins pour ses filles (un chacune) ? D’autant plus que je savais comment plier cela facilement et rapidement, ce que je ne me suis pas privé de faire, allant jusqu’à, entre deux oraux d’agrégatifs, rédiger une lettre de motivation qui m’a valu la remarque — pas totalement absurde — selon laquelle une gamine de dix-sept ans ne peut pas connaître le mot appétence. Mais tout le monde sait que les lettres de motivations sont simulées et je compte bien faire passer à l’intéressée un oral blanc avant l’éventuel entretien pour mettre toutes les chances de son côté.

E. est juste craquante à souhait et en même temps, je discerne en elle une beauté insoupçonnée, timide et réservée, mais également blessée ; son regard face à certaines photos. De toute la bande, c’est elle qui a reçu le plus de surnoms de ma part, ce qui est toujours signe de considération, positive ou négative. Avec elle, c’est toujours favorable, alors qu’elle est finalement celle que je connais le moins, tandis qu’elle a de son côté pu m’entrevoir, un peu, tout du moins suffisamment pour dire ce qu’elle m’avait dit chez T. Cela m’avait étonné, mais ma garde rapprochée ricanerait en lisant cela. Je suis juste un peu déçu, parce que je lui ai remis un travail que je considère comme d’autant plus insensé que tout le monde lui a dit que cela ne fonctionnerait pas. Or, j’aime réfuter l’impossibilité du mouvement en marchant, ce que j’ai d’ailleurs fait en restant assis par terre. Toutefois, elle ne m’a pas encore dit si elle en était contente. J’ai beau rappeler que ce ne sont jamais que les gens mécontents que l’on entend, mon sens de l’artisanat accuse le silence.

F. est ravi du disque que je lui ai offert. Comme je le lui ai écrit, c’est l’un des fleurons de ma collection. Mais je n’ai plus de platine vinyle, alors j’ai pensé qu’il était de meilleur mauvais usage qu’il l’écoute chez lui et l’utilise lors de ses activités professionnelles nocturnes. Je suis content qu’il n’ait pas fait le rapprochement avec le fait qu’il m’a promis de m’offrir son propre album, car je lui ai offert ce bijou par seule envie de lui transmettre quelque chose à même d’entretenir sa joie de vivre, son humour, son dynamisme, et tout cela réuni quand il se lève et fait mine de partir en répétant qu’il n’était pas préparé à me parler. C’est en train de devenir une blague récurrente ; vous savez, ce ciment qui lie les gens appréciant de ressusciter les temps morts en partages conviviaux. Ce garçon est en or et j’espère qu’il appréciera les extraits de concert de Denki Groove que je lui ai envoyés sur Facebook, même si je l’entends déjà me dire qu’il n’était pas préparé à regarder cela ; il serait d’ailleurs amusant qu’il me le dise lors de l’enregistrement de lundi soir prochain.

Car j’ai bien évidemment un emploi du temps de ministre : demain, je dois essayer de réconcilier Hauteclaire avec sa batterie (j’ai rapidement parcouru le guide d’entretien et me sens complètement désemparé à ce propos), vendredi je fais passer un oral, samedi j’ai un rendez-vous chez Apple, dimanche je fais le ménage, lundi je passe sur le billard et j’enchaîne avec un enregistrement et une soirée (nous sommes jeunes et fous, alors nous allons faire les deux en simultané), mardi j’ai une réunion à la maison-mère où tout le monde compte sur moi pour résoudre un problème ardu et, éventuellement, je vais prendre mon mercredi pour me remettre de l’anesthésie générale de lundi, mais très probablement, je serai en train de travailler les décisions prises lors de la réunion de la veille. Bien sûr, en filigrane de tout cela, je travaille, car je n’aime pas passer pour un oisif, même si passer pour vicieux ne me dérange nullement. D’ailleurs, ma récente inscription à Facebook étant fortement conceptuelle, je prépare mes publications à venir, avec toujours la même accroche suivie d’un commentaire pince-sans-rire et d’une bande-son que j’ai jugée appropriée. Un peu comme avec Instagram, où je me limite à un seul mot clef chiffré par image publiée ; ma vie est tout à fait fastidieuse.

Autre vergeure, ce sentiment que Mononc’ Serge serait capable de mettre en deuxième piste de son deuxième album avec Anonymus. Ce sont des petites choses de-ci de-là qui s’agrègent en quelque chose de plus imposant. Sans doute est-ce parce que mon don de soi est entier, comme si j’essayais d’expulser tout mon être hors de lui-même. Or, à chaque fois que je regarde si je suis quelque part, j’arrive précisément là au même moment, de cette façon parfaitement sinistre de vivre qui consiste à respecter les lois connues de la physique. En même temps, l’inconnu(e) étant ce(lle) qui nous tue, comment ne pas lui faire face et, pas à pas, la le pénétrer et l’éclairer progressivement ? La vérité soulage toujours d’une manière ou d’une autre, mais l’ignorance n’a pas le monopole de notre mort ; ce serait trop facile. Schopenhauer soutenait bien que presque tous nos malheurs nous viennent de nos relations avec autrui et je soutiens précisément ce presque, car autrui n’existe que par notre moi, et réciproquement. Mais, en fait, peut-être est-ce juste parce que je n’ai jamais compris ce mode d’emploi, que je n’ai pas non plus lu, et que la seule partie existante de mon moi est tout le mal que je fais à autrui ; auquel cas ma solitude n’est pas mon bienfait, mais le leur.

Se jeter contre ses quatre murs,
En tâchant de surtout bien viser,
En essayant de ne pas se tromper ;
La porte ou la fenêtre ne pas traverser
Pour ne pas retrouver l’horrible liberté.

Et si Friedrich Hayek avait raison ?

Payant :

QX2016coming MAY-emailheader-660-EN

Gratuit :

QuarkXPress.2016.v12.0.0.Multilingual.MacOSX.Incl.Keymaker-CORE
Release-Date: 2016/05/20

Manu Chao :

C’est le capitalisme qui a inventé ça : on choisit le moins cher !

Charles Darwin :

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Friedrich Hayek :

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Et la laideur devint populaire en usurpant l’appellation burlesque.

Ma mélancolie s’est affaissée en un abîme de désespoir. Bien plus qu’un échec, c’est une impossibilité, un obstacle cruel dans son infinitude, et cela me consume. C’est à chaque fois un coup de poing dans le cœur, les pieds perdant contact avec le sol et ma tête se retrouvant abaissée sur moi-même, attendant un mur pour à nouveau me tenir droit dans le fracas pesant de l’incrustation. Puis, rester là, hébété, non pas à me demander ce qu’il vient de se passer, ni même comment je vais pouvoir m’en sortir, mais à juste contempler la route qui vient de se tracer. Dans ces moments, j’ai envie de fuir, mais, là encore, je sais rapidement que ce n’est pas ce qui me convient. Ma force de pensée est trop puissante pour cela, pour juste respirer sans penser, pour juste contempler sans analyser ; ou alors est-ce juste le monde qui n’est pas encore au niveau où il devrait être afin que les netocrates dans mon genre puissent enfin vivre à leur manière ; tout tiers étant forcément exclu. J’ai besoin de m’en aller, je ne vis pas dans un monde qui me convient.

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Je n’ai aimé qu’une seule fois dans ma vie. Un amour qui m’a arraché à la conscensualité, à ce conformisme qui ne peut satisfaire que les esprits faibles et soumis ; je suis fort et libre, au point de ne jamais avoir été vraiment attaché à part cette fois-là ; les autres relations étaient des mises en infinité, la volonté de me dire que j’avais un cœur qui pouvait me faire souffrir, mais rétrospectivement tout n’était que dégoût de ma bêtise à avoir pensé que prendre soin d’autrui était un acte digne. Non, c’est juste avilissant, c’est une flagellation permanente de soi. Ce qui me touche le plus, dans l’histoire d’Y. et de K., c’est que c’est en quelque sorte la mienne, au point de me demander si, en un sens, je n’ai pas été victime d’un désir inconscient autre que celui envisagé. En soi, ce n’est pas perturbant parce que je ne fais plus que contempler un acte de décès et que par cela, j’ai bien vécu ma propre histoire, même si je n’ai pas eu le courage de regarder une dernière fois la blague.

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Le fait est qu’hier soir, cette femme ne voulait pas partir sans moi, mais j’étais incapable de me considérer autrement que comme un pigeon pour elle. C’est en fait la même méfiance qui prolifère, comme avec Coco qui veut faire de moi son Chanel, mais je ne saurai me voir autrement que comme un loisir pour elle. Et j’ai eu beau l’éloigner de moi par tous les moyens, aujourd’hui encore, elle m’a écrit ; mais comment est-il possible de s’ennuyer autant dans une vie ? Symboliquement, j’ai tout jeté, mais je sais très bien que je n’oublierai jamais, que la blessure ne se refermera pas. À la différence du lézard, l’homme mutilé ne guérit jamais. Je me rends compte que je n’ai plus envie de faire d’effort et que N. ne recevra jamais la lettre que je lui ai promise, parce qu’en fait, je n’ai plus envie de la voir, car je ne suis ni un passe-temps ni un récipient à belles paroles sans fond. J’ai besoin de réalité ou alors de rien ; et c’est la vacuité qui l’emporte, toujours.

Ce moment de faiblesse.

Cet instant où, après avoir envoyé le dernier message d’encouragement et soutenu à bout de bras tous ceux qui avaient besoin que quelqu’un les réconforte, je me surprends à me dire qu’en fait, j’aimerai également qu’une personne soit là pour moi, pour juste m’abandonner ne serait-ce que le temps d’un soupir. Alors, je mets le Mobilis in mobile de L’Affaire Louis’ Trio à un volume passablement inconvenant, je sors dans mon jardin côté salon, décapsule une bouteille de bière avec une paire de ciseaux, allume une cigarette Camel ramassée dans la rue et me dis qu’en fait non.

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